Quand nos aînés se souviennent (1/2)

Il y a soixante ans certains des habitants de Vrigny, ont vécu des instants que nous ignorons souvent et que parfois nous n’imaginons même pas.

Au-delà de la « grande histoire » comme la drôle de guerre ou la débâcle de juin 1940, la vie quotidienne de jeune gens et jeunes filles de l’époque étaient un ensemble de petits faits qu’ils on bien voulu nous transmettre aujourd’hui. Petit faits qui apportent un éclairage plein d’émotions de tristesse ou joies mêlée.

Ainsi Jeannette, Marc, Luc et Jean-Pierre nous ont confié ce qui suit:

Le ravitaillement : Tout était contingenté durant ces années de guerre. L’occupant ayant pillé les richesses du pays, un système de rationnement par tickets permettait alors de s’approvisionner selon son âge ou sa profession. L’administrateur ayant pris soin de tout codifier soigneusement, un J2 ou un J3 représentait alors un rationnaire plus ou moins âgé auquel était attribué des tickets de rationnement pour chacun des besoins du quotidien. Il y avait des tickets pour tous et pour chaque chose, pour le textile, les métaux, mais aussi pour l’huile (250 g par personne et par mois) le chocolat (125 g par personne et par mois), la farine, etc.

Jean Pierre nous a confié quelques tickets de rationnement de cette époque de ‘vache maigre’, rationnement qui a perduré jusqu’en 1949.

 

Ginette, la femme de Marc, tenait l’épicerie à Vrigny juste après la guerre. Les rares denrées disponibles étaient livrées en gros conditionnement, en particulier l’huile était reçue en un petit tonneau qui contenait les rations du mois pour tout le village. Leur fille, Maryse, âgée de deux ou trois ans, trouva amusant de jouer à la marchande ‘pour de vrai’ avec le petit tonneau d’huile … en versa dans les ustensiles de sa dinette mais ferma mal le robinet du tonneau. Soudain on découvrit la totalité de l’huile devant approvisionner le village pour tout un mois répandue sur les tomettes de la cave … Quelle catastrophe… Heureusement l’instituteur, secrétaire de Mairie, alerté et possédant un petit stock d’huile assura un dépannage inespéré.

 

Les Allemands à Vrigny : Jeannette, dont la maman tenait le dernier café de Vrigny à l’angle de la rue des écoles et de la rue de Bouilly, Marc et Luc se rappellent que les troupes d’occupation ne furent présente que trois mois à Vrigny. Les officiers supérieurs ayant réquisitionné le château tandis qu’un officier et quatre soldats se logeaient dans diverses maisons du bourg dont un officier et quatre soldats dans le café. Une cuisine militaire roulante était en service dans la cour du café, à l’usage des troupes ennemies. Il y avait parfois un surplus de cuisine, ce qui était particulièrement convoité alors. L’officier allemand proposait parfois ces restes à la maman de Jeannette, laquelle se dépêchait d’en faire profiter des voisins particulièrement démunis. Mais l’officier s’en aperçu et interdit formellement cette entraide. La maman de Jeannette renversa alors le plat sur le sol de la cour devant l’officier pour lui montrer sa désapprobation courageuse. Sa fille se souvient alors de la colère de l’allemand et de ses remontrances … incompréhensibles car en allemand.

 

Janvier 1944 les obsèques des aviateurs américains à Vrigny. Le 7 janvier 1944 un bombardier Libérator américain est abattu par un chasseur allemand et s’écrase dans les bois du Briou. Cinq aviateurs américains morts dans l’avion sont enterrés dans le cimetière communal. Marc avait en sa possession un stock de petits drapeaux français fournis par les chocolats Poulain. Les habitants de Vrigny venus en foule à la cérémonie d’obsèques dans l’église de Vrigny purent agiter le drapeau national, sur la place de l’église au sortir de la cérémonie d’obsèques. Evidemment cette marque de patriotisme était formellement interdite par les autorités de l’époque et particulièrement par les troupes d’occupation allemandes, et les conséquences auraient pu être très grave pour nos concitoyens trop ostensiblement patriotes pour l’époque… Heureusement l’occupant ferma les yeux et personne ne fut inquiété ce jour là. A Suivre …

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